Race Report 2016: David Le Broch

Race Report 2016: David Le Broch

J’ai beaucoup d’appréhension avant cette course dantesque, c’est la première fois que je me lance sur une distance de 246 km et avec ma maman l’aventure est toujours un peu pimentée (Souvenir de notre première association lors du 100km de Royan en 2012, mémorable) Cette appréhension me fait passer des nuits très courtes avec un petit carnet sur la table de nuit pour marquer des choses que je sais déjà, mais bon on ne se refait pas, c’est souvent le même rituel avant une course.

Les 370 Runners viennent des 4 coins de la planète puisque 41 nations sont représentées. Parmi eux quelques connaissances du Tour de France 2015 (Martin Fryer l’Australien qui termina à la seconde place, Wilma Deirx la Néerlandaise qui termina 1ère féminine et Charles Payen qui termina à la 5ème place.). Nous sommes 14 à représenter notre beau pays.

Sébastien Barraud, Jacques Castan, Olivier Chaigne, Christian Dal Corso, Eric Derivaz, Robert Miorin, Gilles Pallaruelo, Charles Payen, Juan Carlos Pradas, William Pillas, Hugo Saint Martin, Yann Stéphan et Fréderic Pettaros. 

Ci-dessus le dénivelé de la course et ses 75 CP (ravitaillements), ceux du haut sont avec assistance interdite et ceux du bas avec assistance autorisée. Pour plus de sécurité, j’ai opté pour dispatcher 5 ravitaillements personnels au CP11, 22, 35, 47 et 60. 

Pour cette aventure, je serai accompagné par ma maman et Angel Pallaruelo fils de Françoise et Gilles Pallaruelo les chefs de la délégation française pour leur serviabilité envers tous les coureurs français et leur connaissance de l’épreuve puisque Gilles prend le départ pour obtenir sa 15émecouronnes consécutives (Enorme respect tant l’exigence de cette course). 

Le départ est donné sous l’Acropole à 7H heure locale (6H en France) ce vendredi 30 septembre. La température est douce 18°c mais le soleil n’est pas encore levé. Les flashes crépitent et les embrassades se font avec beaucoup d’émotions. On y est, c’est le moment tant attendu depuis des mois et de nombreuses heures d’entrainement pour espérer embrasser le pied de ce fameux Léonidas qui se trouve à 245,3 km de nous. 

Le départ est donné et de suite je fais très attention ou je mets les pieds étant au milieu du peloton, je ne vois pas à 1m devant moi. Après quelques centaines de mètres on commence à y voir un peu plus clair aussi bien par le soleil qui se lève que par la distance qui nous sépare les uns des autres. J’ai entrepris de courir les premières heures de la matinée, en mode économie, de façon fluide et sans trop pousser sur les jambes, lorsque la chaleur prendra place, je baisserai mon allure par précaution.

L’allure est bonne, je passe le CP4 au Km 19,5 en 1H40. 

La sortie d’Athènes est surprenante, imaginez-vous courir sur la bande d’arrêt d’urgence du périphérique parisien, la circulation est bloquée pour vous, par conséquent cela engendre un énorme embouteillage, comment pensez-vous que les automobilistes réagiraient à votre passage ? Et bien en Grèce vous êtes acclamés en héros. 

Tout au long du parcours, les personnes s’arrêtent pour nous féliciter, les élèves ont été autorisés à déserter l’école pour venir taper dans les mains de chaque coureur. L’ambiance est festive, c’est super agréable.

J’arrive au CP 11, le 1er ravitaillement avec assistance autorisée au km 42,2 en 3H34, surprise au lieu de voir ma maman se précipiter avec mon ravitaillement, je la vois avec son appareil photo à me prendre en photo et je me dis ça commence bien, d’ou ma réaction sur la photo ci-dessous. 

Et bien non, j’ai encore perdu une occasion de me taire puisque quelques mètres plus loin Angel m’attendait avec le ravitaillement. Je remplis ma ceinture de barres de céréales salées et sucrées et dans la précipitation, Angel me tend une bouteille que je prends et je repars aussi vite que je suis arrivé. Après quelques centaines de mètres, je sentais que quelque chose clochait, je faisais l’inventaire dans ma tête de ce que je devais prendre au ravitaillement et tout était conforme, donc je repris mon allure et au moment où j’ai voulu prendre une gorgée, je me suis aperçu que la bouteille que j’avais récupérée était celle que j’avais avant le ravitaillement et qu’il ne me restait que quelques gouttes à l’intérieur. Le stress m’envahie puisqu’il commence à faire plus de 30°C et que je vais devoir faire avec juste de l’eau durant les 40 prochains Km (prochain ravitaillement avec assistance km80). Je tente de me détendre et de retrouver une foulée fluide jusqu’au prochain ravitaillement, d’ici 5km.

La route est sympa, elle longe la mer, des envies d’aller piquer une tête dans cette eau translucide me traverse l’esprit 

Je traverse les heures les plus chaudes en m’arrêtant le plus possible pour boire, en levant le pied. 

Malgré toutes ces attentions au km 70, un gros coup de fatigue me prend, mais pas la fatigue dû à la course où vos jambes sont lourdes mais juste mes paupières qui se ferment et la nuque qui n’arrive plus à supporter la tête. Je me surprends même à avoir quelques microsecondes d’absence et de me redresser dans un soubresaut, waouh ça fait tout drôle. Je lutte durant les 10 km qui me séparent du CP 22 au km 80 pour ne pas m’endormir. Le temps me parait très très long et lorsque je passe sur le tapis rouge qui déclenche le bip de mon passage, je n’ai qu’une envie, m’allonger à l’ombre pour dormir. Le seul endroit qui me saute aux yeux est une table de massage, je me rue dessus et demande un massage.  

Après 10 mn le masseur qui avait enfoncé ces doigts dans chaque muscle de mes jambes sans que cela me fasse crier (ce qui est rare), me dit que tout est correct et que je dois libérer la table. 

La Team 287 (ma maman et Angel) tente de me motiver pour repartir de suite, ce que je fais puisqu’après avoir regardé tout autour de moi, je n’ai rien trouvé qui pourrait accueillir une bonne sieste (pas d’ombre et pas d’endroit pour s’allonger).

Je repars en marchant insatisfait de ne pas avoir pu dormir. Quelques centaines de mètres plus loin, je découvre un abri de voiture qui me tend les bras. Sans me faire prier, je me couche à même le sol et tente de m’endormir. Après 20 minutes, je décide de reprendre la route puisque le sommeil ne venait pas et que j’étais envahi de fourmis.

Je croise la route de Christian Del Corso, un petit échange et je continue à mon rythme en regardant les maisons qui donnent sur la route et en tentant de croiser le regard des habitants pour qu’ils devinent mon désarroi et m’invitent à venir dormir chez eux quelques heures.

Je tente de penser à autre chose, mais mon esprit est obnubilé par le sommeil. J’analyse le pourquoi de cette subite envie de dormir alors que musculairement tout est ok. Plusieurs débuts d’explication me viennent à l’esprit. Mon retour de la Transgaule où je n’ai laissé aucune minute à mon cops pour récupérer. Lui infligeant même des réveils avec une sonnerie à 4H pour continuer ma préparation, alors que d’habitude je ne mets jamais de réveil à sonner pour aller m’entrainer. Je le torturais sous prétexte que je devais être prêt pour l’objectif de l’année et qu’il n’était pas question de lâcher à 1 mois de l’évènement. J’ai continué durant 2 semaines en alternant les sorties très longues, et de la vitesse, et, comme à chaque fois, je n’étais pas satisfait de ma séance, je la durcissais le lendemain en me levant encore plus tôt.

Complètement fatigué, j’ai fini par poser 2 ½ journée la 3ème semaine pour dormir jusqu’à 7H et partir m’entrainer ensuite. J’ai senti de suite que ces séances étaient bien plus bénéfiques. Le samedi suivant je prenais le départ du Trail de Belle Ile, 83km, et malgré une bonne course pour moi (non habitué des Trails), à 7 km de l’arrivée mon corps avait donné des signes de grosse fatigue, pour couronner la journée, je terminais la course avec le mollet gauche endommagé.

La semaine suivante j’allais passer mes nuits à soigner ce mollet à coup d’argile.

C’est donc compréhensible que mon corps me le fasse payer aujourd’hui.

J’arrive tant bien que mal au CP 26 (km 92,90), la Team 287 m’attendait au milieu d’un charmant village qui faisait penser à une station balnéaire avec toutes ses terrasses de café noire de monde. Je m’assoie sur une chaise pour m’alimenter et de suite je regarde autour de moi mais aucun endroit à l’horizon pour faire une sieste. Je suis terriblement fatigué et je n’écoute même plus les belles paroles de réconfort de la Team. Je repars mais le cœur n’y est plus, j’ai le visage des très mauvais jours.

Soudain, juste avant la sortie du village je repère un banc à l’ombre d’un arbre, 10 secondes plus tard j’y étais allongé. Malheureusement, même résultat que lors de ma précédente tentative, mais  sans les fourmis. 20mn sans succès, à chercher une position qui me permettrait de faire une bonne sieste.

Je n’en peux plus, les premières idées d’abandon germent dans mon esprit, et malgré que le CP 26 soit à quelques mètres en arrière, je repars en direction du CP27 mais en marchant. Je profite des rayons du soleil pour me requinquer un peu, mais le moral est au plus bas et pour ne rien arranger, je vois les coureurs me dépasser les uns après les autres. Je marche ou plutôt je déambule en fermant les yeux pour retrouver une certaine zen attitude, mais rien n’y fait, je suis super en colère après moi. Je n’ai pas su écouter mon corps et aujourd’hui lors de la course qui me tenait tellement à cœur, il me le fait payer cash. Je tente de négocier avec lui, en lui demandant juste de m’emmener à Sparte même en 35H59, je lui en serai très reconnaissant. Mais rien y fait les paupières sont toujours aussi lourdes et je suis obligé de croiser les mains derrière ma nuque pour soutenir ma tête.

Je passe le CP 28 (Km 100) en 10H43, les encouragements des enfants des écoles sont tellement touchants, qu’ils arrivent à me faire sourire. Ils se ruent vers moi pour me demander des autographes que je donne avec plaisir, même si vu mon allure, ils ne doivent pas donner cher de ma peau.

Enfin le CP29 (Km 102), je retrouve la Team 287 qui m’attend avec une chaise et prête à répondre à toutes mes attentes, c’est touchant mais ma décision est prise, j’arrête. Je n’arrive pas à me libérer de cette fatigue et rien n’y fera tant que je ne dormirai pas. Toutes les accompagnatrices des coureurs français sont présentes et une à une vont tenter de me raisonner de ne pas abandonner. Même Sébastien Barraud alors en course se déplace pour venir me dire qu’un « Rochelais n’abandonne jamais alors encore moins un breton » et de m’inviter à repartir avec lui. Mais rien n’y fait le breton est têtu et c… quelque fois. Ma maman tente sa dernière carte en téléphonant à ma femme et me passe le téléphone, Valérie et ma fille Alizée tenteront également de me raisonner mais sans le résultat esconté. Je retire mes dossards de ma ceinture de running et me lève pour aller les remettre à l’organisation, je n’ai pas fait 2 mètres que ma maman m’arrache les dossards des mains et me dit qu’elle n’est pas venue ici pour me voir abandonner, elle replace mes dossards sur ma ceinture et me demande de repartir, qu’ils m’attendront au CP 32 dans 10,8 km.

Je repars après ces 30 minutes de négociation, tout penaud. Je me mets à courir et tente de trouver une solution à mon problème qui me parait insoluble. Je dépasse Sébastien et lui dit qu’il doit être content de lui et qu’il a réussi à me toucher et à me remettre en course.

Je fais appel à toutes les idées positives que j’ai dans ma tête pour combattre cette fatigue. Alors les images défilent et les messages d’encouragements résonnent dans ma tête. Ils font monter en moi un flot de larmes, qui ne tarderont pas à couler abondamment. Je m’en veux de tout gâcher, je sers les dents et la rage monte en moi petit à petit, mon comportement commence à changer au fil des kms.

J’arrive au CP32 avec une seule chose en tête, faire un deal avec la Team.

Ma maman et Angel avaient déjà récupéré mon ravitaillement perso dans lequel se trouvait mon coupe-vent et ma frontale, mais au moment où je demande mon coupe-vent, ma maman me présente une poche en nylon ou se trouvait le nécessaire pour appliquer une poche de glaçon sur une blessure. Quand elle a vu mon visage, elle a de suite compris qu’elle s’était trompée de sac et la voilà reparti chercher dans le coffre de la voiture garer à une centaine de mètre du ravitaillement le coupe-vent qu’elle venait de récupérer. Une fois équipé, j’exposais le deal à la Team : « Si avec bonheur j’arrive à Sparte, vous me promettez de passer la ligne d’arrivée avec moi » voilà, c’était dit, première réaction de ma maman, « non je ne peux pas passer cette ligne d’arrivée devant tout le monde ». Réponse de ma part, « On passe cette ligne ensemble ou j’arrête ». Réponse collégiale de la Team « OK on la passe ensemble ». Aussitôt dit je tournais les talons et le cap était mis sur Sparte.

Je n’étais pas pour autant débarrassé de ma fatigue mais petit à petit cette image de passer la ligne d’arrivée avec ma maman et Angel commençait à prendre le dessus.

Lorsque j’arrive au CP 35 (KM 123,2) en 13H40 de course, mon regard se fixe de suite sur les tables de massage et je fonce tel un zombi directement sur l’une d’elle. Mon but, y rester le plus longtemps possible. Angel entame la discussion avec les 2 masseurs ce qui me permet d’éviter de leur répondre et de gagner de précieuses minutes supplémentaires allonger sur cette table confortable. Toujours aucune douleur aux jambes lors du massage, elles sont en parfait état. Au moment de repartir, après ces 15 confortables minutes d’arrêt, je découvre avec rage que les personnes que j’avais doublées auparavant, m’étaient repassées devant. Je devais me relancer à regagner des places sur cette route qui ne cesse de monter.

Après 33 km de monter au Km 135, je redescends vers le CP 40 (Km 139,7) ou m’attend la Team. Petit ravitaillement et me voilà reparti, pas question de me reposer puisqu’il n’y avait pas de table de massage.

Au km 143 à une altitude de 180m me voilà de nouveau sur une route ascendante et celle-ci va monter jusqu’au km 161,7 à une altitude de 1 180m (20km et 1000 D+).

J’arrive au CP 43 (Km 148,3) et de suite je repère les tables de massage, sans hésiter une seconde, je me couche dessus et Angel prend de suite le relais en engageant la discussion avec le masseur. Je me laisse aller et ça fait du bien. Des odeurs de brochettes grillées me chatouillent les narines et me ramènent à la course. Mon sang ne fait qu’un tour lorsque je découvre des concurrents que j’ai doublés me repasser devant. Il est grand temps que j’arrête mes pauses à rallonge, je suis en course et je me dois de me comporter comme un coureur. 

Aller Go maintenant, on se met en mode chasseur et la moindre loupiotte devant moi doit être prise pour objectif. En cette nuit noire, il est très facile de repérer des objectifs et le dénivelé de la route me permet de remonter très rapidement plusieurs concurrents qui préfèrent marcher dans cette difficulté. 

Au CP 47 (Km 159,4) il est 1H24 du matin, on m’annonce qu’au point culminant de cette épreuve il fait 4°C. J’ajoute un coupe-vent supplémentaire, prend un sandwich jambon fromage et me voilà parti à l’ascension de la plus grosse difficulté de la course. Je ne pensais pas que j’allais affronter ce genre de difficulté. Un mur fait de roches et de cailloux, je me mets à marcher, le mot le plus approprié serait grimper tellement le dénivelé est important. 

La montée fut rude et j’avoue ne pas avoir ressenti les 4°C en haut tellement le cardio était monté en flèche et les cuisses étaient chaudes comme de la braise. A peine en haut et le passage du CP que j’entame la descente encore plus dangereuse que la montée, les cailloux roulent sous mes pas, je n’arrive pas malgré ma concentration à bien maitriser ma descente. J’ai une peur bleue de me tordre la cheville.

Une fois être revenu sur le bitume, je lève les yeux au ciel et je le remercie de m’avoir épargné d’une blessure. Cette montée et cette descente en pleine nuit ont été pour moi très difficile et éreintantes. Je me sens soulagé mais je veux de suite me redonner du rythme, je repars en chasse à la loupiotte.

J’arrive au CP 52 (Km 171,4) après 20H de course, je passe devant ma maman qui m’annonce que je suis 12ème, je suis très étonné, je lui demande de confirmer et elle m’assure que je suis 12ème. Perplexe, je récupère ma bouteille et un sandwich jambon fromage, puis je repars aussi vite que je suis arrivé. Il me reste une grosse étape de Transgaule à courir et je compte bien tout donner. Me voilà passer du mode chasseur de loupiote en mode prédateur à l’affut de la moindre place à gagner. Ça tombe bien, j’arrive sur une partie du parcours assez plat, donc je déroule. La 11èmeplace est prise, bientôt la 10ème, puis la 9ème, la 8ème, j’enchaine avec la 7ème, la 6ème, la 5ème, rien ne m’arrête, la 4ème, la 3ème, la 2ème, même la 1ère, je passe maintenant -1, puis -2, et -3. Bon il est clair que le classement que l’on m’a donné n’était pas le bon, mais je suis tout de même satisfait de ma remontée. J’imagine la tête de ma famille et de mes amis qui suivent ma progression derrière l’écran de leur ordinateur.

Cela fait un bon moment que je ne vois plus de loupiottes à l’horizon mais le passage du CP 56 me rassure, je suis sur la bonne route. Encore 3 km et je retrouve ma Team où je ne manquerai pas de leur dire que leur classement n’était pas le bon. Après à peine 1km, boum d’un coup le noir complet, je veux dire plus de lumière, ma frontale venait de me lâcher. Je ne savais même pas si j’étais à gauche au milieu ou à droite de la route, le noir de chez noir. Bien évidemment, mon allure a pris un coup, je me concentre à bien attaquer mes foulées par la pointe des pieds afin de détecter le moindre trou dans la route. C’est avec un certain soulagement que j’arrive au CP 57 (km 186) où m’attendait la Team 287.

Je demande à ma maman de me donner ma deuxième frontale qui était dans le sac du CP 35, oui mais voilà ma maman a la fâcheuse manie de ranger à sa façon les affaires, donc elle a sorti la frontale du sac du CP35 et la rangée ailleurs, le problème c’est qu’elle ne sait plus où. En attendant, je demande à tout hasard à Angel s’il connaissait le classement et il me répond oui, nous sommes 20ème, enfin maintenant 21ème puisqu’un concurrent venait de me passer devant, la pression monte dans ce fameux coffre ou devrait se trouver la frontale. Pour mettre un peu d’huile sur le feu, un nouveau concurrent nous passe devant, la tension est à son comble et tout à coup un cri de soulagement perse cette nuit silencieuse, je l’ai s’écrit ma maman et de rajouter, je savais bien que je l’avais rangée. Je récupère cette frontale tant espérée sans commentaire et repars à l’attaque. Je repasse devant les 2 concurrents qui venaient de me passer, et à nouveau je commence à compter les places que je récupère. Encore 12 km et la route va de nouveau grimper.

J’arrive au CP 60 (km 195,2) en 22H06 et si j’ai bien compté je suis 8ème, mais non la team 287, m’annonce que cette fois-ci, ils sont certain, je suis 14ème. Bon la bonne nouvelle c’est qu’ils sont affirmatifs sur ce classement. Je repars très vite en tentant de me convaincre que le classement n’était pas important et qu’il fallait que je me batte seul contre le temps. Je fais mes calculs et je rêve d’une arrivée sous les 27H. La barre est très haute mais j’ai la rage de toutes ces heures d’entrainements, ces sacrifices, toutes mes absences auprès de ma famille, l’investissement financier de ces courses qui prend une bonne partie du budget vacances de la famille. Toutes les personnes qui me soutiennent et m’encouragent depuis le début et sans oublier la fameuse Team a qui j’ai fait vivre une course rocambolesque et que j’aimerai tant rendre fière. Pour toutes ces raisons je me sens indestructibles et prêt à encore me battre mais cette fois-ci contre ce chrono qui avance à son rythme et dont je ne peux pas attendre de sa part le moindre relâchement. Un seul mot GO.

La montée est difficile, les cuisses chauffent mais je ne relâche pas mes efforts, je sers les dents, je me dis que tout se joue peut-être là. Je continue à compter les concurrents que je double et lorsque j’arrive au CP 65 au km 212, j’en ai doublé 4, j’attends donc avec impatience l’annonce du classement par la Team et il me félicite d’avoir conservé cette 14ème place. Je leur annonce que j’ai doublé 4 coureurs depuis le dernier CP, mais qu’importe maintenant l’important est le chrono et celui-ci ne laisse pas de place à la discussion. Je repars et je découvre encore que ça monte, je dois continuer d’avancer à un bon rythme sous peine de ne plus pouvoir caresser l’espoir de descendre sous les 27H.

Les montées me semblent interminables et pourtant je m’efforce à regarder juste à 3 mètres devant moi pour ne pas me désunir.

Enfin une descente, je me demande si c’est bien la descente qui doit m’emmener jusqu’à Sparte. Je ne relâche pas l’intensité que je mettais dans chaque jambe lors de la montée, ce qui fait que je me lance à vive allure dans la descente, les cuisses chauffent toujours mais différemment, les impacts résonnent dans mes articulations, ça pique un peu mais c’est le dernier objectif de l’année donc pas de gestion aujourd’hui, on donne tout. J’arrive au CP 68 km 223,3 avec l’intention de me changer. En effet mon T-Shirt est chargé de sel et commence à me gêner au niveau des tétons, de plus il est tout sale derrière dû à mes tentatives de dormir à même le sol. Je décide également de changer de lunette puisque le soleil pointe le bout de son nez et de me délester de ma ceinture de running pour juste prendre un porte dossard donc je récupère mes dossards et les passent sur le porte dossard, tout se passe correctement et dans un bon temps, digne d’un arrêt au stand de formule 1, mais le hic c’est que ma maman a déplacé mes lunettes dans un autre sac mais ne sait plus lequel, et nous voilà tous les 3 à chercher dans le coffre cette foutue paire de lunette (sans mes lunettes je ne vois pas grand-chose). J’en profite pour aller me soulager et à mon retour Eureka les lunettes ont été retrouvées.

Je me relance de suite sans perdre une seconde, parce que je sais que le chrono lui ne s’arrête pas et que je dois continuer à courir après lui. Avant de partir, j’entends derrière moi ma mère me crier que je suis toujours 14ème et je me dis que tout le monde doit être 14ème puisque je continue à doubler du monde et que mon classement n’évolue plus. Ce n’est pas grave, ce qui m’inquiète c’est cette montée qui se dresse devant moi, sans savoir sa distance puisque je pensais qu’il n’y en avait plus. Ca monte, ça monte et je n’en vois pas la fin, au bout de 3 km la route se remet à descendre, je regarde ma montre ça va être chaud pour être sous la barre des 27H, il faut prendre tous les risques, je me lance dans une descente en optimisant le moindre mètre de bitume. Je passe au CP69 km 227 en 25H22. Et je continue à pousser sur chaque jambe, je passe au dernier CP avec assistance devant la Team sans m’arrêter et leur donne RDV sur la ligne d’arrivée. Les picotements commencent à se répandre un peu partout dans les jambes. Je lute pour ne pas me relâcher, je tente d’avoir quelques minutes d’avance, on ne sait jamais lorsque l’on rentre dans une ville on peut être ralentit. 

A 5 km de l’arrivée des enfants m’attendent avec leurs vélos, ils m’escortent en faisant des roues arrière et ce qui devait arriver, arriva, l’un d’eux retombe sur ces 2 jambes mais le vélo lui échappe et termine sa course 3 mètres devant moi, 3 possibilités s’offrent à moi, la première je saute mais je ne sais pas si j’en aurai la force, la deuxième je l’évite par la droite en serrant contre le trottoir un autre vélo qui est juste à côté de moi ou bien la 3ème je l’évite par la gauche mais je me tape le garçon qui vient de perdre le contrôle de son vélo. J’opte pour la 3ème solution et les bras bien en avant je percute le garçon en le retenant pour qu’il ne tombe pas et me remet de suite dans ma course. Plus de peur que de mal, j’arrive dans le centre, la foule m’acclame, je regarde ma montre toujours pas de trace à l’horizon de ce fameux Léonidas, on me fait tourner à droite dans une rue coupée à la circulation, une personne avec un talkie-walkie annonce mon numéro, c’est de bonne augure mais je ne vois toujours pas la statue, je continue d’avancer sur cette longue ligne droite, jusqu’au moment où j’aperçois devant moi Angel et ma maman munis du drapeau français et c’est tous les 3, tel que je l’avais rêvé, que nous franchissons en 26h55 cette ligne d’arrivée.

Je suis heureux de les voir tous les 2 très fiers. C’est pour moi la plus belle des récompenses que de voir briller dans les yeux de ma maman beaucoup de fierté. C’est ces émotions qui me font avancer, qui me font aller chercher plus loin et j’avoue que cela vaut vraiment toutes ces heures d’entrainement et tous ces sacrifices.

A la suite de cette cérémonie, 2 jeunes femmes vous prennent en charge, vous assoient sur une chaise, vous retire les chaussures, les chaussettes et vous lavent les pieds. Ensuite elles me mettent des chaussons aux pieds et me dirige vers une table de massage où mes jambes qui ont tant données sans se plaindre une seule fois se feront masser. Ma maman me rejoint sous la tente avec le téléphone à la main et me le passe, j’entends ma femme et mes enfants me féliciter et là je fonds en larme, impossible de sortir la moindre parole, tant ce moment est fort en émotion.

A la suite de mon massage, l’on m’annonce qu’un taxi m’attend pour me conduire à mon hôtel.

La suite de la journée je la passerai à vivre les arrivées des autres français et de partager avec certains beaucoup d’émotions. Elle est vraiment belle la famille de l’Ultra et cette belle équipe française.

Je découvre sur le tard, tous vos messages et commentaires, ils me font chaud au cœur et c’est pour moi de l’énergie pure dont je me sers lors des moments difficiles, alors oui vous avez tous contribué à cette merveilleuse aventure que je viens de vivre. Merci sincèrement pour votre soutien et vos encouragements. Je devrais tous vous citer mais vous êtes si nombreux que je suis certains d’en oublier et je m’en voudrais de faire un impair. Merci sincèrement du fond du cœur, sans vous tout cela n’aurait pas été possible.

A mon retour de Grèce, j’ai apprécié lors d’une sortie, de courir sans la pression d’un objectif sur les épaules et sans exigence de distance ou d’allure Je me suis senti à nouveau libre de courir sans la peur de ne pas avoir fait assez ou pas assez rapide, pour la course qui m’attendait.

Cela à durée 2 jours, puisque samedi je m’inscrivais au 24H de Ploeren (2 et 3 décembre prochain) avec l’intention de battre mon record perso.

Ce Week-end, nous partons en famille à l’assaut d’Amsterdam avec chacun sa distance de course (8km pour certains et le marathon pour d’autres).

Merci à tous de me donner la force de réaliser mes rêves et des rêves j’en ai encore plein.

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Περιγράφεται ως ο πιο δύσκολος αγώνας δρόμου στον κόσμο, το Σπάρταθλον τρέχει πάνω από επαρχιακούς δρόμους και μονοπάτια (συχνά βρέχει κατά τη διάρκεια του αγώνα), διασχίζει αμπελώνες και ελαιώνες, ανεβαίνει απότομες πλαγιές και η πιο προκλητική απ' όλες όταν κατευθύνει τους δρομείς με ανάβαση 1.200 μέτρων και κάθοδο του Παρθένιου Όρους μέσα στην βαθιά νύχτα...

Αυτό είναι το βουνό, που καλύπτεται με βράχια και θάμνους, στην οποία λέγεται ότι ο Φειδιππίδης συνάντησε τον θεό Πάνα...

Το ΣΠΑΡΤΑΘΛΟΝ είναι ένας ιστορικός υπερμαραθώνιος που λαμβάνει χώρα στο τέλος του Σεπτέμβρη κάθε χρόνο στην Ελλάδα. Είναι ένας από πλέον δύσκολους αγώνες υπεραποστάσεων παγκοσμίως και παράλληλα πολύ μεγάλου ενδιαφέροντος λόγω του ιστορικού του υπόβαθρου. Το Σπάρταθλο αναβιώνει τα βήματα του Φειδιππίδη, ενός αρχαίου Αθηναίου δρομέα μεγάλων αποστάσεων, ο οποίος το 490 π.Χ., πριν από τη μάχη του Μαραθώνα, εστάλη στη Σπάρτη να ζητήσει βοήθεια στον πόλεμο που διεξήγαγαν οι Έλληνες με τους Πέρσες.

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